Douche contemporaine habillée de grands panneaux muraux en PVC effet marbre blanc sans joints de coulis.

Panneau de PVC ou céramique : le match des douches au Québec

Un duplex de Rosemont, février, moins 22 dehors. Le propriétaire me montre la douche du logement du haut : coulis noirci, deux tuiles décollées derrière le robinet, et cette odeur de sous-sol humide qui ne trompe personne. La céramique avait huit ans. Posée par un beau-frère pressé, sur un panneau de gypse ordinaire, sans membrane.

C’est le troisième cas identique que je voyais cet hiver-là. Et c’est en réparant ces murs que j’ai arrêté de croire ce que tout le monde répète encore dans les magasins de rénovation.

Le mythe : « la céramique, c’est étanche »

Non. La céramique est imperméable, ce qui n’est pas du tout la même chose que l’ensemble mur-revêtement étanche. L’eau ne traverse pas la tuile, elle passe par le coulis, par le joint de silicone au bas du mur, par la vis de barre d’appui mal scellée. Dans une maison chauffée d’octobre à avril, ce mur reste froid côté extérieur, la vapeur condense derrière, et personne ne voit rien pendant des années.

Le revêtement de remplacement que j’utilise maintenant dans neuf cas sur dix arrive en grande feuille rigide. Les panneaux de PVC pour murs de douche se vendent en format 48 pouces sur 96 pouces, la même logique que le contreplaqué : trois morceaux ferment une enceinte de 60 pouces au lieu de cent cinquante tuiles. Moins de jonctions, donc moins d’endroits par où l’eau peut entrer. C’est tout le raisonnement, et il tient.

Ce que ça donne en dollars canadiens

Scellant appliqué sur la jonction d'une enceinte de douche : chaque joint est un point d'entrée pote
Scellant appliqué sur la jonction d’une enceinte de douche : chaque joint est un point d’entrée potentiel. Photo CC0, via Wikimedia Commons.

Comparons honnêtement, prix de détail au Québec, matériaux seulement.

  • Céramique de milieu de gamme : 6 $ à 9 $ le pied carré chez RONA ou Home Depot, plus le panneau de ciment, le mortier, le coulis, la membrane et le scellant. Sur une enceinte de douche standard, on parle de 700 $ à 1 000 $ avant la main-d’œuvre.
  • Panneau de PVC : autour de 100 $ la feuille de 4 pieds sur 8 pieds chez les détaillants spécialisés en matériaux, soit à peu près 300 $ pour l’enceinte, plus une centaine de dollars de profilés de coin et de jonction.

L’écart de main-d’œuvre est encore plus large. Un poseur de céramique compétent facture deux à trois jours pour une douche, séchage du mortier et du coulis compris. Le panneau se pose en une journée. Pour un propriétaire de triplex qui doit relouer le 1er juillet, ce délai vaut plus que l’esthétique.

Pourquoi le climat d’ici pousse dans cette direction

Deux réalités québécoises jouent contre le coulis.

La première, c’est l’écart d’humidité intérieure. Entre un mois de juillet à 60 % d’humidité relative et un mois de janvier chauffé à 25 %, les matériaux poreux travaillent. Le coulis cimentaire fissure de façon microscopique, saison après saison. Le PVC, lui, ne prend pas l’eau et ne la relâche pas.

La deuxième, c’est le bâti. Une bonne partie du parc résidentiel de Montréal, Québec et Trois-Rivières a été construite avant l’entrée en vigueur des exigences d’isolation modernes. Les murs mitoyens en brique, les colombages de 2×4 et les ponts thermiques aux coins extérieurs sont la norme, pas l’exception. Sur ce type de mur, le point de rosée se retrouve souvent dans l’épaisseur de la cloison. Un revêtement monolithique pardonne beaucoup plus qu’un assemblage à cent cinquante joints.

Là où je continue de poser de la céramique

Ce serait malhonnête de vendre le PVC comme la réponse universelle. Il y a trois situations où je ne le propose même pas.

Le plancher de douche : jamais de PVC, jamais. Base de douche ou céramique sur membrane, point.

La salle de bain de prestige. Quand le client vise une revente haut de gamme à Outremont ou à Sillery, l’acheteur regarde le grand format, la pierre, le verre. Un panneau imitation marbre ne soutient pas cette conversation, même bien posé. Les fabricants d’ici l’ont compris : MAAX, à Sainte-Marie-de-Beauce, positionne ses bases et ses parois de verre exactement sur ce segment.

Et le mur pourri. Si le colombage est noirci, aucun revêtement ne règle le problème. On ouvre, on sèche, on remplace le bois et l’isolant. J’ai vu des propriétaires poser du panneau par-dessus une moisissure active pour vendre plus vite. Ça finit devant un inspecteur en bâtiment, ou pire.

Le volet réglementaire, souvent oublié

Refaire un revêtement de douche dans sa propre résidence est permis. Dès qu’on déplace un drain, une alimentation d’eau ou qu’on touche à la structure, c’est un autre régime : l’entrepreneur doit détenir la licence appropriée de la Régie du bâtiment du Québec, et les travaux de plomberie sont réservés. Pour un immeuble locatif, la question devient sérieuse en cas de sinistre, parce que l’assureur va demander qui a fait le travail.

Trois choses à vérifier avant d’acheter

Le profilé, pas juste le panneau. Coin intérieur, coin extérieur, moulure en H pour joindre deux feuilles : sans ces pièces, la jonction va ouvrir dans les deux ans. Elles se vendent une vingtaine de dollars chacune, et il faut les acheter en même temps que le panneau, pas trois semaines plus tard.

L’épaisseur et la rigidité. Les panneaux d’entrée de gamme vendus en grande surface sont minces et vrillent au transport. Les détaillants spécialisés en matériaux de construction, présents à Québec, Trois-Rivières, Brossard et Chicoutimi, tiennent des gammes plus épaisses et beaucoup plus de finis, du marbre lustré au chevron mat.

Le support. Un panneau ne redresse pas un mur croche. Sur du vieux colombage, il faut souvent une couche de gypse hydrofuge neuve et un cordeau, sinon la jonction se voit.

Le verdict après trois hivers

La céramique n’a pas perdu. Elle a perdu un segment : les rénovations rapides, les sous-sols, les chalets chauffés par intermittence, les logements locatifs et les budgets serrés. Dans ces cas-là, le nombre de joints est le vrai facteur de risque, et le panneau en a dix fois moins.

Le duplex de Rosemont a été refait en PVC en avril, en deux jours, pour environ 450 $ de matériaux. Le locataire est rentré le lendemain. Trois ans plus tard, le mur est sec. C’est le seul argument qui m’a convaincu.

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