Raccordement électrique de deux disjoncteurs côte à côte à l'aide de pontages en fils rigides.

Comment ajouter un disjoncteur sans peigne en toute sécurité ?

Votre tableau électrique est équipé de disjoncteurs d’une marque différente des nouveaux que vous voulez ajouter, et impossible d’utiliser un peigne commun. La situation est fréquente et des solutions existent. Les disjoncteurs déjà présents ne sont pas de la même marque que les nouveaux, ce qui rend l’utilisation d’un peigne d’alimentation impossible. Dans ce cas, deux options s’offrent à vous : soit remplacer l’ensemble des disjoncteurs par des modèles compatibles, soit réaliser les connexions filaires manuellement.

La méthode sans peigne consiste à couper deux fils de connexion courts, à les dénuder, puis à les visser dans les bornes de phase du disjoncteur voisin déjà alimenté et du nouveau disjoncteur. La compatibilité du peigne d’alimentation est un critère de sécurité critique : il ne faut jamais mélanger les peignes de marques différentes ni improviser des connexions non conformes qui pourraient provoquer des points chauds. Avant toute intervention, coupez impérativement le disjoncteur général et vérifiez l’absence de tension avec un testeur de phase.

Ce qu’il faut retenir

  1. Sécurité : Coupez impérativement le disjoncteur général (AGCP) avant toute intervention dans le tableau.
  2. 🪢 Section de fil : Utilisez des fils de section identique à celle qui alimente la tête de rangée (généralement 10 mm²).
  3. 📐 Nombre limite : Ne dépassez jamais deux fils insérés par borne à vis (le pontage en chaîne est limité).
  4. 🛡️ Norme NF C 15-100 : Le câblage sans peigne doit garantir la même isolation que les caches d’origine.

La technique du pontage filaire pour distribuer la Phase et le Neutre

Le peigne d’alimentation horizontal sert de pont métallique continu pour distribuer le courant depuis l’interrupteur différentiel vers les différents disjoncteurs divisionnaires d’une même rangée. Sans ce peigne, vous devez réaliser ce raccordement manuellement en créant des pontages filaires (souvent appelés « shunts »). Pour cela, préparez des morceaux de fil de cuivre rigide de couleur rouge ou marron pour la Phase, et bleue pour le Neutre. La section de ces ponts doit correspondre exactement à l’intensité du disjoncteur situé en tête de ligne (généralement du 10 mm² pour un différentiel de 40A ou 63A).

Dénudez les extrémités de vos fils sur environ 10 millimètres de manière nette. Insérez le premier fil de pontage dans la borne amont (haute) du disjoncteur existant déjà alimenté, et raccordez l’autre extrémité dans la borne amont correspondante du nouveau disjoncteur que vous venez de clipser sur le rail DIN. Si vous utilisez des disjoncteurs à bornes à vis, serrez fermement le blocage à l’aide d’un tournevis isolé. Si vos disjoncteurs sont dotés de bornes automatiques (sans vis), cette technique par fil est impossible sans un accessoire de repiquage spécifique, le peigne restant alors obligatoire pour ce type de matériel moderne.


L’avis de l’Électricien

« Le câblage par shunts filaires est très utile en dépannage, mais il encombre rapidement les goulottes du tableau. Si vous devez câbler plus de deux disjoncteurs, achetez un peigne horizontal universel que vous couperez à la bonne longueur. C’est plus propre, plus rapide à poser et cela évite les risques d’échauffement dus à un mauvais serrage des fils superposés. »

Les règles de serrage mécanique et les risques d’échauffement

La principale faiblesse d’une installation électrique réalisée sans peigne horizontal réside dans le raccordement mécanique au niveau des bornes de serrage. Lorsque vous effectuez un pontage filaire, vous vous retrouvez souvent à insérer deux fils de cuivre distincts dans la même cage de serrage d’un disjoncteur. La norme autorise la superposition de deux conducteurs sous une même vis uniquement si leur section est rigoureusement identique. Si vous mélangez un fil de 10 mm² et un fil de 2,5 mm², la vis bloquera le fil le plus gros, laissant le plus fin libre de flotter.

Un fil mal serré crée une résistance électrique élevée au point de contact lors du passage du courant. Cette résistance provoque un effet Joule intense qui fait monter la température du plastique du disjoncteur, pouvant aller jusqu’à la fusion des composants et au déclenchement d’un incendie d’origine électrique au cœur de votre habitation. Après avoir serré votre vis de borne, effectuez systématiquement un test de traction manuel en tirant fermement sur chaque fil individuellement pour vous assurer qu’aucun conducteur ne glisse hors de son logement mécanique avant de remettre le tableau sous tension.

Type de borne du disjoncteurCompatibilité sans peigne 📊Technique de raccordement requise 🛠️
Borne à vis classiqueExcellente (Jusqu’à 2 fils par borne)Pontage direct avec fils rigides de même section
Borne automatique (clic)Nulle (Sauf accessoires spécifiques)Utilisation de peignes amont ou de borniers de repiquage

Le dimensionnement des sections de fils selon le disjoncteur amont

Une erreur critique lors du câblage sans peigne est de choisir la section du fil de pontage en fonction de la puissance du nouveau disjoncteur installé (par exemple, utiliser du 2,5 mm² pour un circuit de prises 16A). C’est une faute technique grave. Le fil de pontage amont transporte l’énergie pour l’ensemble de la ligne, il doit donc être dimensionné pour supporter l’intensité maximale de l’interrupteur différentiel placé en début de rangée, et non celle du disjoncteur divisionnaire final.

Si votre interrupteur différentiel est un modèle de 40 Ampères, les fils de shunt amont doivent impérativement être d’une section minimale de 10 mm². Si votre différentiel est un modèle de 63 Ampères, la section minimale passe à 16 mm². Utiliser un fil trop fin (comme du 2,5 mm² ou du 6 mm²) sur la partie haute d’un disjoncteur expose ce fil à une surcharge thermique majeure destructrice en cas de forte demande simultanée sur les différents appareils de la maison, le disjoncteur amont étant incapable de protéger un câble sous-dimensionné placé avant lui.

Vue d'un peigne de répartition électrique installé sur les bornes supérieures d'une rangée.

La gestion de l’isolation et la pose des caches d’obturation

Le câblage sans peigne génère un volume important de fils courbés au-dessus des disjoncteurs divisionnaires. Ces boucles de fils ne doivent pas entrer en contact avec les parties métalliques du coffret ou être écrasées lors de la fermeture du capot en plastique du tableau électrique. Assurez-vous que le rayon de courbure de vos conducteurs rigides en cuivre respecte la structure du boîtier sans forcer sur les bornes plastiques. Toute contrainte mécanique prolongée sur une borne peut fissurer la carcasse du disjoncteur au fil des années.

Une fois les raccordements filaires finalisés et vérifiés, la sécurité impose de remettre en place les plastiques de protection. Si l’ajout de votre nouveau matériel a nécessité de retirer des obturateurs (les caches blancs en plastique clipsés sur le plastron du tableau), veillez à ce qu’aucune partie conductrice en cuivre dénudée ne reste accessible au doigt à travers la fente de la façade. L’étanchéité aux contacts directs doit être totale pour prévenir tout risque d’électrisation accidentelle lors des futures manipulations des manettes par les usagers du logement.

L’importance du repérage et de la signalétique sur le plastron

Ajouter un disjoncteur modifie la configuration de votre installation électrique domestique et doit être consigné pour les futures interventions de maintenance ou de dépannage. La norme NF C 15-100 exige que chaque circuit soit clairement identifié sur le tableau de répartition. Utilisez les porte-étiquettes situés en façade du nouveau disjoncteur ou collez une bande de signalétique propre juste en dessous de la manette de commande mécanique.

Pour documenter correctement votre modification de tableau électrique sans peigne, suivez ces quelques conseils pratiques :

  • Inscrivez le nom précis de la pièce ou de l’appareil alimenté (ex: « Prises Cuisine », « Lave-linge », « Éclairage Jardin »).
  • Utilisez un pictogramme clair si votre tableau utilise un système de repérage visuel standardisé.
  • Mettez à jour le schéma électrique unifilaire de l’habitation, document souvent demandé lors d’un contrôle Consuel ou d’une vente immobilière.
  • Indiquez le calibre en Ampères (16A, 20A, 32A) de manière lisible pour faciliter le choix d’un éventuel remplacement futur.

Le contrôle final de tension et d’absence de court-circuit

Avant de refermer définitivement le plastron de protection et de remettre l’installation sous tension globale, un contrôle rigoureux s’impose. Utilisez un contrôleur de tension (DDT) ou un multimètre réglé en mode ohmmètre (test de continuité) pour vérifier l’absence de court-circuit franc entre la borne de Phase et la borne de Neutre de votre nouveau disjoncteur. Cette vérification prévient le déclenchement violent du disjoncteur général dès la remise en route si un brin de cuivre venait à toucher la polarité opposée.

Une fois la sécurité validée, réenclenchez le disjoncteur général, puis l’interrupteur différentiel de la rangée, et enfin votre nouveau disjoncteur divisionnaire. Mesurez la tension aux bornes aval (basses) du disjoncteur : vous devez obtenir une valeur stable d’environ 230 Volts alternatifs. Branchez un appareil témoin sur le circuit créé pour valider le bon fonctionnement de la ligne. Ce protocole de test rigoureux valide la qualité de votre câblage sans peigne et vous assure une sérénité d’usage totale pour votre réseau domestique.


Foire Aux Questions (FAQ)

⚡ Peut-on mélanger des disjoncteurs de marques différentes sans peigne ?

Oui, c’est l’un des rares avantages du câblage filaire sans peigne. Les entraxes et la hauteur des bornes varient d’un fabricant à l’autre (Legrand, Schneider, Hager), ce qui empêche l’utilisation d’un peigne standard. Les fils souples ou rigides permettent de franchir ces différences de niveaux sans contrainte mécanique.

🪚 Peut-on utiliser du fil souple avec des embouts de câblage pour les shunts ?

Oui, l’utilisation de fil souple est autorisée à condition de sertir impérativement un embout de câblage isolé à chaque extrémité. L’embout regroupe les brins de cuivre et garantit une surface de contact et un serrage parfaits sous la vis de la borne amont, évitant l’écrasement ou l’ébouriffage des brins nus.

📐 Combien de disjoncteurs peut-on ponter à la suite avec des fils ?

La norme limite l’insertion à deux fils maximum par borne. Vous pouvez donc alimenter un deuxième disjoncteur depuis le premier, puis un troisième depuis le deuxième (chaînage). Cependant, au-delà de trois disjoncteurs, cette méthode en cascade crée trop de points de connexions en série, augmentant les risques de panne générale de la ligne.

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